


Le 16 juillet 2026, l’Autorité Nationale des Jeux a rendu une décision faisant injonction aux fournisseurs d’accès à Internet français le blocage de l’accès au site Polymarket.
Polymarket est une plateforme américaine de marchés de prédiction qui compte une grande audience. Elle propose des paris sur des évènements d’actualité : élections (son émergence remonte aux élections US de 2024 qui ont vu la désignation de Donald Trump) décisions politiques, conflits géostratégiques, etc. Cette plateforme, comme les autres plateformes de prédictions, ont suscité de nombreuses polémiques en raison des problèmes éthiques qu’elles posent : mises en cryptomonnaies, absence d’identification des utilisateurs et non-respect de la règle de majorité, phénomène de « prophéties auto-réalisatrices », fraudes en tous genres.
Ces plateformes de prédictions ne respectent évidemment pas la réglementation française, notamment en raison de l’objet des paris qui sont strictement définis dans la Loi du 12 mai 2010 relative à l’ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d’argent et de hasard en ligne. En effet, en France les paris en ligne portant sur des prédictions relatives à des évènements autres que des compétitions sportives sont interdits, et faire la promotion de telles offres de services est également interdit.
Dès 2024 l’ANJ avait mis en demeure Polymarket de mettre en place des mesures de géoblocage du public français. En février 2026, l’ANJ avait publié un communiqué pour énoncer que les plateformes de marché de prédictions sont illégales. Elle avait défini ainsi ces offres :
1. Un événement précis avec un règlement binaire “YES” / “NO” (exemple : résultat d’une élection) ;
2. Un critère de résolution clair et public fondé sur une source de référence prédéterminée (exemple : un média reconnu) ;
3. Un horizon temporel, correspondant à la date de clôture et de résolution du marché (exemple : clôture au bout d’un mois).
Le prix du contrat résulte de l’interaction des positions des participants et peut être interprété comme une probabilité agrégée de réalisation de l’événement. »
Or, les détournements à l’égard de cette mesure de géoblocage ont été nombreux.
Ainsi, d’après l’ANJ, Polymarket continuait d’avoir un bon trafic au sein de l’Hexagone, l’interdiction des transactions auprès du public français n’empêchant pas la plateforme de faire la promotion de son offre. La page d’accueil du site continuait de diffuser et de promouvoir des offres de la plateforme, en affichant en temps réel les cotes des divers évènements faisant l’objet de paris. L’ANJ a assimilé cette pratique à de la publicité pour une activité non autorisée en France.
Or, la publicité, par quelque moyen que ce soit, en faveur d’un site de paris ou de jeux d’argent et de hasard non autorisé constitue un délit pénal puni d’une amende de 100 000 euros, conformément à la loi de 2010 précitée.
La commission des sanctions de l’ANJ peut prononcer des sanctions incluant l'avertissement, la suspension d'exploitation de jeux ou de l’agrément ou encore des sanctions pécuniaires jusqu’à 5 % du chiffre d'affaires. Or depuis mars 2022, l’Autorité Nationale des Jeux détient un pouvoir de blocage administratif des sites proposant une offre illégale de jeux d’argent et des sites qui en font la publicité. En 2025, l’ANJ a bloqué 1290 URL, notamment des sites de loteries qui restent interdits en France.
L’ANJ avait déjà censuré d’autres plateformes telle que BetOnPolitics ou encore Predictlt pour leur proposition de paris sur des évènements d’actualité sans agrément.
Les problèmes éthiques liés à ces plateformes sont nombreux. A titre d’exemple, la plateforme Kalshi, plateforme de marché de prédiction aux Etats-Unis, a refusé d’exécuter des paris relatifs à la destitution de l’Ayatollah Ali Khamenei, en se fondant sur l’interdiction de parier sur la mort. Pour sa part, Polymarket a considéré ces paris comme étant valables.
Eu égard à leur forme hybride, les marchés de prédiction intéressent fortement les autorités de régulation. Ainsi de nombreux pays européens ont restreint ou bloqué des plateformes de marchés prédictifs, tel que l’Allemagne, la Belgique ou encore la Grèce et l’Italie. A l’inverse la CFTC aux Etats-Unis a autorisé Polymarket à proposer des paris auprès des résidents américains en 2025.
Vu l’actualité très agitée que nous connaissons, nul doute que ces plateformes de prédictions continueront d’intéresser le régulateur.
