


Le 17 juillet 2026, l’Autorité de la concurrence (ADLC) a publié un avis n°26-A-05 consacré au fonctionnement concurrentiel du secteur des agents d’intelligence artificielle, dans la continuité de son avis n°23-A-08 sur le fonctionnement concurrentiel du secteur de l’IA générative et de son étude relative à l’impact énergétique et environnemental de l’IA.
Les agents d’IA, aujourd’hui dominés par OpenAI, Google et Anthropic, qui détiennent à eux trois plus de 84 % du secteur, évoluent vers de véritables plateformes capables d’exécuter des tâches complexes et, à terme, de réaliser l’ensemble du parcours d’achat du consommateur dans le cadre du commerce agentique, c’est-à-dire le commerce électronique dans lequel des agents d’IA agissent au nom des utilisateurs ou des entreprises pour rechercher, comparer et effectuer des achats de manière autonome ou semi-autonome.
L’ADLC met en évidence plusieurs barrières à l’entrée et à l’expansion, tenant notamment à la dépendance des éditeurs d’IA (Microsoft, Salesforce, Adobe, etc.) envers les fournisseurs de modèle (OpenAI, Anthropic, Claude, Gemini, etc.), au coût élevé de l’inférence (entraînement de l’IA par répétition) et aux obstacles technologiques et comportementaux (absence de données normalisées, d’historique d’achats et de données comportementales détaillées sur les utilisateurs pour un nouvel entrant). Ainsi, les grandes entreprises bénéficiant de leurs propre IA intégrés dans leur écosystème ont accès à un vaste ensemble de données continuellement enrichies que leurs concurrents, en particulier les nouveaux entrants, ne peuvent raisonnablement reproduire.
Dans un premier temps, l’avis identifie des risques concurrentiels majeurs liés aux agents d'IA agissant en tant que nouveaux intermédiaires de l’économie numérique, dont notamment :
Dans un second temps, l’avis met en garde contre les risques associés à l’autonomie croissante des agents d'IA, faisant peser plusieurs menaces majeures sur le marché du commerce agentique :
À terme, la gouvernance concentrée autour du trio dominant Open AI / Google / Anthropic risque donc de fragmenter le marché et de fortement limiter la concurrence.
Pour répondre à ces enjeux, l’Autorité formule six recommandations regroupées autour des trois axes suivants :
En définitive, cet avis marque une nouvelle étape dans l’appréhension concurrentielle de l’IA agentique. En privilégiant une approche préventive fondée sur la mobilisation des instruments existants plutôt que sur la création d’un cadre sectoriel spécifique, l’ADLC affirme que le droit de la concurrence est, à ce stade, en mesure d’appréhender ces nouveaux modèles économiques, sous réserve d’une articulation cohérente avec les autres instruments européens.
Si cet avis laisse subsister des interrogations quant à l’application concrète de ces règles à des technologies en constante évolution, il adresse d’ores et déjà un signal fort à l’ensemble des acteurs du secteur. La vigilance affichée par l’ADLC laisse en effet entrevoir l’émergence prochaine d’une pratique décisionnelle venant préciser les contours concurrentiels de l’IA agentique. Plus qu’un simple exercice prospectif, l’avis ouvre ainsi une nouvelle phase de la régulation concurrentielle de l’IA agentique.
