En effet, si les artistes-interprètes jouissent de droits patrimoniaux « voisins » de ceux des auteurs, leur durée est limitée à 50 années après la première interprétation, fixation ou communication au public (alors que les auteurs sont protégés jusqu'à 70 ans après leur mort). Toutefois, ils bénéficient, à l'instar des auteurs, d'un droit moral « inaliénable et imprescriptible » qui leur permet de défendre le respect de leurs interprétations après que celles-ci soient tombées dans le domaine public.
La Cour de cassation, dans un arrêt du 24 septembre dernier, rappelle dans un attendu de principe très clair que « le droit imprescriptible reconnu à l'artiste interprète au respect de son interprétation lui permet de s'opposer à toute reproduction altérée de celle-ci ». En l'espèce, l'atteinte résultait de « la commercialisation d'une compilation d'une qualité sonore de grande médiocrité, vendue à un prix dérisoire d'un euro, sans commune proportion au prix du marché, et comme produit de promotion de la grande distribution, étranger à la sphère artistique » (Cass. Civ. 1ère, 24 sept. 2009 .pourvoi 08-11112).
Par ailleurs, l'artiste-interprète démuni de droit patrimonial peut également arguer de son droit à l'image en cas de reproduction d'une photographie sur la jaquette de la compilation, et ce, quand bien même cette image aurait été réalisée dans le cadre de sa vie professionnelle.
La Cour, dans l'arrêt précité, confirme l'arrêt de la Cour d'Appel ayant retenu que « la reproduction de la photographie de l'artiste sur la jaquette d'une compilation, qui constitue un acte d'exploitation commerciale et non l'exercice de la liberté d'expression, était soumise à l'autorisation préalable » ; la même solution ayant été adoptée, par la même chambre de la Cour, dans une affaire opposant la même société de production à Charles Aznavour (Cass. Civ. 1ere, 9 juillet 2009, pourvoi n°. 07-19758).
Notons que le Parlement européen a voté, le 23 avril dernier, une proposition en faveur de l'allongement des droits patrimoniaux des artistes interprètes à 70 ans sans aller jusqu'aux 95 ans proposés par la Commission Européenne. Cette proposition doit désormais être validée par le Conseil de l'Union Européenne.